Du 13 juin au 15 septembre 2019, Le jour des esprits est notre nuit, exposition collective avec Lázara Rosell Albear & Sammy Baloji, Meris Angioletti, Minia Biabiany, Oier Etxeberria, Tamar Guimarães & Kasper Akhøj, Sheroanawe Hakihiiwe, Candice Lin, Sean Lynch, Beatriz Santiago Muñoz, sur un commissariat de Catalina Lozano & Elfi Turpin.

Chère E.,

Nous avons beaucoup évoqué ces divisions produites par la modernité; des divisions artificielles mais très puissantes. Elles se sont propagées et reproduites de manière exponentielle pour façonner un modèle épistémologique qui caractérise ce que l’on appelle la pensée occidentale. Au cours de la décennie précédente, j’ai cherché à explorer les failles dans ce savoir si solide en apparence.

Je pense que la division primordiale, celle qui a engendré toutes les autres, est la séparation du corps et de l’âme au fondement du christianisme. À l’ère moderne, sa sécularisation l’a transformée en une division entre le corps et la raison. Selon cette logique, l’âme et la raison sont supérieures et dominent la composante matérielle de notre être. Cette séparation s’est ensuite parée de nouvelles associations: les femmes sont reliées au corps et à l’animalité, et les hommes, jugés supérieurs, au monde spirituel et intellectuel—la “culture”, en somme. Bien sûr, nous savons aujourd’hui que tout cela est faux, mais ces récits sont tellement ancrés dans notre culture qu’ils se sont infiltrés dans de nombreuses strates du savoir.

Mais qu’en est-il de la division entre le visible et l’invisible? Elle est très opérante, et je dirais même que sa transgression, ou du moins son organisation, relève généralement du rituel. Toutefois, si l’on s’aventure en dehors du christianisme, ne serait-ce qu’à sa périphérie, on trouve des exemples où la logique s’estompe, où la fluidité entre les plans semble être la règle, et non plus une exception.

Je me suis progressivement intéressée aux fonctions de la divination en tant qu’interrogation de l’invisible. Dans certains cas, la divination est associée au hasard—comme dans le Yi Jing—, mais dans d’autres, elle constitue également un moyen de communication avec des entités “invisibles” généralement sacrées—comme dans le système de divination Ifá—, avec un fonctionnement très proche du diagnostic de la médecine occidentale, hormis le fait que la puissance de l’invisible et de l’inconnu remplace ce qui peut être vu, mesuré et appréhendé.

À très bientôt,
C.

L’exposition Le jour des esprits est notre nuit fait partie de l’opération Plein Soleil, l’été des centres d’art contemporain. L’exposition est réalisée en partenariat avec l’IEAC, Institut Européen des Arts Céramiques à Guebwiller.