Le samedi 7 novembre à partir de 18h, vernissage d'African Brainrot, exposition personnelle d'Assya Agbere à Delphi Space (Fribourg-en-Brisgau), à l'issue de sa résidence au CRAC Alsace.
Le samedi 7 novembre à 18h, le CRAC Alsace et Delphi Space (Fribourg-en-Brisgau) ont la joie de vous convier au vernissage d’African Brainrot, exposition personnelle d’Assya Agbere. Cette exposition hors-les-murs conclut la résidence de recherche et de production réalisée par l'artiste au CRAC Alsace en 2026.
L'exposition African Brainrot est présentée du 9 au 14 novembre 2026 à Delphi Space, espace d'art indépendant situé à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, à Brombergstr. 17c. L’entrée est libre et gratuite.
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Emprunté au vocabulaire de la culture populaire cybernétique, brainrot («pourriture cérébrale») désigne les effets d’une consommation excessive et non critique de contenus en ligne. Au cours d’une année de recherche en résidence au CRAC Alsace, Assya Agbere s’empare du terme pour retracer les représentations des cultures noires qui circulent sur Internet. African Brainrot restitue un travail de collecte et de classement d’images glanées sur les réseaux sociaux. En recréant un «mini-Internet», l’artiste expose un web marqué par des héritages coloniaux: un univers en expansion constante dans lequel elle tente de s’orienter.
Dans son mémoire de fin d’études Afro Core (2024-2025)*, Assya Agbere examine les effets de la cyberglobalisation: l’exportation à l’échelle mondiale d’un Internet pensé par l’Occident. Loin d’être neutre et universel, celui-ci est creusé d’inégalités d’accès et de représentation, le continent africain y étant particulièrement marginalisé. Face à ces codes dominants, l’artiste archive des vidéos virales, mèmes et images générées par l’IA qu’elle trouve sur TikTok et Instagram, où apparaissent les diasporas africaines et les imaginaires qui leur sont associés. À travers ce geste militant, elle conserve la trace des images qui construisent la vision de l’Afrique et les stéréotypes qu’elles perpétuent.
Dès la vitrine de Delphi Space, des captures d’écran imprimées perturbent l’effet du scrolling. Au milieu de l’espace, des écrans de télévision se greffent à un échafaudage, comme si Assya Agbere bâtissait une nouvelle réalité sur une planète encore inexplorée. Sept écrans diffusent chacun une sélection de vidéos associées à un archétype**, l’Innocente, souvent représentée par des enfants; la Rebelle, qui rassemble des figures associées au crime ou à la lutte; la Créatrice, incarnée par celleux qui œuvrent à inventer de nouvelles identités pour l’Afrique; l’Héroïne, de courage et de pouvoir; l’Amoureuse, qui convoque les imaginaires de l’amour au sein des communautés africaines; et le Sage, qui fait émerger une vision apaisée du monde. La septième entité surgit par moments: le Jester, archétype de la personne noire réduite à une figure du ridicule, chargée de divertir son public.
Agrandies et amplifiées, ces images, initialement destinées à défiler sur nos smartphones, s’extraient du flux numérique pour devenir une matière sculpturale que nos corps éprouvent en la contournant.
Ces figures parcourent les trois actes d’un même drame, Aesthetic, Martyr et Redemption mettent en scène les projections superficielles sur l’apparence des personnes noires, en passant par la violence exercée sur leurs corps, jusqu’à un paradoxe: pour être accepté par la société, faut-il effacer son identité au point de s’abandonner soi-même, ou imposer sa présence en jouant avec les codes?
Cette question existentielle habite le film The Black Cyborg. Projeté au mur, il apparaît comme un être hybride, une entité métisse qui s’efforce de se frayer une place dans l’histoire du futur. Dans son errance, il dévoile ses instruments de navigation, ceux de l’archivage: identifier, télécharger, nommer, classer, sous-catégoriser. À proximité, une cartographie mentale et cosmique déploie les ramifications de ce parcours, entre désir de maîtriser un territoire et impossibilité d’en saisir les limites.
Assya Agbere arpente ainsi un inconscient visuel collectif, miné de stéréotypes et de lacunes. Mais comment trouver ses repères dans un univers qui ne cesse de s'étendre? African Brainrot dessine l’espace fragile d’une quête: celle d’une planète où il est possible de se réapproprier ses images, d’écrire sa propre histoire et d’inventer, dans le trouble du web, un sentiment d’appartenance.
Commissariat: Maria Claudia Gamboa
* Afro Core. Xplorer les (non) géographies du cyberespace, Haute école des arts du Rhin, 2024-2025.
** L’artiste emprunte les archétypes imaginés par le psychologue suisse Gustav Carl Jung (1875-1961), modèles de comportements psychiques universels issus de l'inconscient collectif.