Expositions

16.06 – 18.09.2016

Natalie Czech
One can't have it both ways and both ways is the only way I want it.

 

 

Exposition personnelle de Natalie Czech.

 

Un commissariat d'Elfi Turpin.

 

 

VERNISSAGE GARDEN PARTY LE JEUDI 16 JUIN À 19H30.

 

Navette gratuite depuis Art Basel, départ d’Isteinerstrasse à 19h, retour à Bâle (via Mulhouse) à 22h30.
Réservation : r.neyroud@cracalsace.com

 

 

 

natalie czech
Natalie Czech
A Critic’s Bouquet by Hili Perlson for Berlinde de Bruyckere, 2015.
Courtesy Capitain Petzel, Berlin et Kadel Willborn, Düsseldorf.

 

 

 

 

One can’t
have it

 

both ways
and both

 

ways is the only
way I want it.*

 

 

 

Depuis que les mots et les choses ne s’entendent plus, Don Quichotte erre dans un monde qui ne le reconnaît pas. « Long graphisme maigre comme une lettre », Don Quichotte, qui « vient d’échapper tout droit du bâillement des livres »**, cherche à trouver dans le monde les signes de la ressemblance avec les textes dont il est issu. Car Don Quichotte, notre signe errant, se heurte à un problème de taille : la littérature de chevalerie et les romans extravagants dont il sort ne ressemblent pas au monde qu’il parcourt. L’écriture et les choses ne se ressemblent plus. Les mots et les choses ne s’entendent plus. Aussi s’attache-t-il à ressembler aux textes dont il est témoin, car il « doit fournir la démonstration et apporter la marque indubitable qu’ils disent vrai, qu’ils sont bien le langage du monde ». Tout son chemin devient alors « une quête aux similitudes : les moindres analogies sont sollicitées comme des signes assoupis qu’on doit réveiller pour qu’ils se mettent à nouveau à parler »***.

 

Et si nous faisons appel à cette figure du héros du Même, en tout cas, tel que défini par Michel Foucault, c’est que le travail de Natalie Czech trouve là un lien de parenté tant il tient du déchiffrement : non pas du déchiffrement du réel, comme le ferait notre signe errant, mais du déchiffrement de sa représentation. Et pour ce faire, pour réveiller donc les signes (les mots) assoupis dans le texte et l’image, Natalie Czech va mettre au point différentes méthodes qui vont notamment produire les séries photographiques Hidden Poems (2010-2012), Poems by Repetition (2013-2016), Il pleut by Guillaume Apollinaire (2012), Voyelles (2013), Critic’s Bouquets (2015) ou dernièrement To [Icon] (2015-2016).

 

Avec les Hidden Poems et les Poems by Repetition, Czech se met ainsi en quête de poèmes existants mais néanmoins dissimulés dans les pages de magazines, de livres illustrés ou à la surface de pochettes de disques, de sacs et de liseuses numériques, autant de poèmes d’auteurs tels E. E. Cummings, Frank O’Hara, Jack Kerouac, Robert Lax, Khlebnikov ou Gertrude Stein, que Cezch remarque, marque, remonte et photographie, les mettant ainsi en discussion, dans un jeu de différences et de répétitions, avec les textes, les images et les objets qui les supportent.
Voilà donc comment un texte dans un texte, produit une image.

 

Dans un mouvement inverse, avec la série Il pleut by Guillaume Apollinaire, elle invite des auteurs à écrire en comblant les vides entre les mots formant le fameux calligramme d’Apollinaire. Ces auteurs enchâssent l’image de la pluie de mots sur la page, dans un texte qu’elle photographie sur un fond coloré.
Voilà donc comment un texte qui est une image, produit un autre texte, qui produit une autre image.

 

Dans le même mouvement et avec les Critic’s Bouquets, Natalie Czech demande à des auteurs d’écrire une critique sur une exposition en attribuant un sentiment issu du langage des fleurs à chacune des phrases de leurs textes. Chaque critique lui permet ainsi de composer un bouquet dont chaque fleur est associée à chacune de ses phrases. Le bouquet, photographié dans une main, bras tendu, adresse son message frontalement à son destinataire, ici le spectateur.
Voilà donc comment une exposition produit un texte, qui produit un bouquet, qui produit une image.

 

Enfin, avec To [Icon], littéralement Faire image, Natalie Czech se penche sur les icônes informatiques peuplant notre environnement numérique, pictogrammes qu’elle redécouvre à la surface de vêtements ou d’accessoires de mode - trench coat, blue jeans, salopette, chemise, sac à dos, eux-mêmes iconiques. Ces métaphores de bureau - maisons, stylo, cadrans, par exemple – revêtent, selon les applications et les logiciels, diverses significations et fournissent à Czech autant de mots qui vont composer un nouveau poème. Aussi retrouve-t-elle l’icône de la page vierge dans le col de la chemise d’un smoking qu’elle photographie au sol, accompagné d’une étiquette supportant le nouveau poème généré par la liste de différentes significations du pictogramme : a Draft, a Blank Page, a Preview, an Artboard or just New.

 

Voilà donc comment une image dans une image, produit un texte, puis une image.

 

Voilà donc comment on réveille des signes assoupis.

 

Voilà comment Natalie écrit.

 

 

E. T., mai 2016.

 

 

 

 

* D’après A. R. Ammons, The Really Short Poems, W. W. Norton, New York (1990). Littéralement : On ne peut avoir une chose et son contraire et la chose et son contraire sont les seules choses que je veux.
** Michel Foucault, Les mots et les choses, Editions Gallimard, Paris (1966), p. 60.
*** Idem, p. 61.

 

 

 

 

 

 

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